ÉGALITÉ DU GENRE DANS L’ÉDUCATION : SIMPLE DROIT HUMAIN OU MULTIPLICATEUR DE DÉVELOPPEMENT

En 2005, les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire devraient avoir été éliminées. Tel est l’engagement qu’a pris la communauté internationale à Dakar, lors du Forum mondial sur l’éducation, en avril 2000. À cette date, 57% des 104 millions d’enfants non scolarisés étaient des filles et les deux tiers des 860 millions d’adultes analphabètes étaient des femmes.

L’objectif fixé pour 2005 n’est qu’une première étape. Pour 2015, un engagement collectif a été pris dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) d’instaurer l’égalité entre les sexes dans l’éducation. Les objectifs N°4 et 5 contenus dans les Objectifs du Développement Durable, prévus pour être atteints à l’horizon 2030 est intitulé : Assurer une éducation inclusive et de qualité pour tous et promouvoir l’apprentissage tout au long de la vie et Réaliser l’égalité des genres et donner des capacités et du pouvoir aux femmes et aux filles. Ce n’est donc pas seulement une question de chiffres. La parité est importante, mais elle ne suffit pas. L’éducation est un droit.

En s’interrogeant sur l’éducation et le genre, il est utile de distinguer la « parité entre les sexes » de l’« égalité des genres ». La parité entre les sexes vise à atteindre une participation égale des filles et des garçons à l’éducation. L’égalité des genres s’entend, en un sens plus large, comme le droit d’accès et de participation à l’éducation, ainsi que le droit de bénéficier d’environnements éducatifs attentifs et adaptés aux questions de genre, et d’obtenir des acquis éducatifs appropriés, afin que les bénéfices de l’éducation se traduisent par une plus grande participation au développement social, économique et politique de la société. La réalisation de la parité entre les sexes n’est donc envisagée que comme une première étape vers l’égalité des genres.
De la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 aux Objectifs du Développement Durable en 2015, presque tous les pays du monde ont reconnu l’accès à l’éducation sans discrimination de sexe comme un droit inaliénable à tous les individus. Cependant, il n’existe à ce jour, aucune société où les femmes bénéficient des mêmes chances que les hommes et ceci pour diverses raisons.
D’abord, nous avons les contraintes familiales : dans un grand nombre de pays, les filles assument des responsabilités domestiques, notamment le fait de prendre soin de leurs frères et sœurs plus jeunes et, selon les pays et les cultures, les garçons se voient souvent accorder la préférence lorsqu’il s’agit de faire des choix en matière d’éducation. Ainsi, dans la plupart des pays africains, comme au Kenya et au Bénin, les filles peuvent être surchargées de travaux domestiques, ce qui leur fait juger moins intéressant de poursuivre leurs études. Du fait que l’on attend généralement des filles qu’elles se marient jeunes, les parents considèrent que l’éducation de leurs filles est une perte de temps et d’argent. Les filles connaissent le point de vue de leurs parents sur leur éducation. Elles ne jugent pas nécessaire de travailler beaucoup, car elles supposent qu’elles abandonneront probablement l’école rapidement.

Ensuite, il y’a les contraintes sociales : il s’agit notamment des pressions qui s’exercent pour un mariage précoce, le harcèlement sexuel et les violences sexuelles dans le cadre éducatif ou hors de ce cadre, des contraintes religieuses et de la vulnérabilité au VIH et SIDA. « J’avais sept ans lorsque j’ai été mariée. J’en ai aujourd’hui quatorze. Je voulais revenir à l’école et j’ai quitté mon mari. Maintenant les choses vont bien pour moi », dit Silenat Libsework, une éthiopienne.
Il y’a également les politiques du système scolaire et pratiques éducatives. Quel que soit le type de pays, les systèmes scolaires ne sont pas toujours propres à autonomiser les femmes, et ne répondent pas toujours à leurs besoins en termes de programmes d’études, de services de conseil et d’orientation, de méthodes pédagogiques et de présence de modèles féminins appropriés. En dépit des instruments relatifs aux droits de l’homme, qui font obligations aux Etats d’offrir un enseignement primaire gratuit et obligatoire, des droits de scolarité continuent d’être demandés dans au moins 101 pays au monde (Rapport de l’UNESCO sur le genre et l’éducation pour tous, 2003-2004). Le poids de la facture scolaire constitue également un facteur qui freine l’accès à l’éducation pour tous.
Enfin, nous avons les inégalités sur le marché du travail. Même lorsque les filles atteignent la parité en matière d’accès à l’éducation ou de résultats scolaires, cette parité ne donne pas toujours lieu à une égalité quant aux bénéfices de l’éducation, en particulier sur le marché du travail des pays développés.
En un mot, les disparités entre les sexes et les inégalités de genre sont prévalentes au sein des processus de scolarisation, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres. Pratiquement tous les pays doivent remédier aux disparités entre les sexes et aux inégalités de genre qui déterminent la manière dont garçons et filles progressent au sein du système éducatif.

De nombreux progrès sont réalisés pour tendre vers un accès à l’éducation pour tous et ceci à tous les niveaux. Selon les données provenant de l’Institut de Statistique de l’UNESCO, durant la période 1970-2009, la capacité des systèmes éducatifs du monde a plus que doublé, passant de 647 millions d’élèves ou étudiants en 1970 à 1397 millions en 2009. La scolarisation est passée de 418 à 702 millions d’élèves au niveau de l’enseignement primaire, de 196 à 531 millions au niveau du secondaire, et de 33 à 164 millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur.

EGALITE DU GENRE DANS L’ENSEIGNEMENT PREPRIMAIRE ET PRIMAIRE

En 2014, le taux brut de scolarisation dans l’enseignement préprimaire était de 44 % pour l’ensemble du monde. L’Asie du Sud était la région où ce taux était le plus faible (18 %), suivie par l’Afrique subsaharienne (22 %) et l’Afrique du Nord et l’Asie de l’Ouest (29 %). Les taux sont beaucoup plus élevés en Amérique latine et dans les Caraïbes (73 %), en Asie de l’Est et du Sud-Est (76 %) et en Europe et en Amérique du Nord (85 %).
Malgré des tendances globalement positives, des disparités subsistent dans l’accès à l’enseignement primaire, le plus souvent au détriment des filles. Dans le primaire, où les disparités entre les sexes subsistent dans 37 % des pays, ces disparités sont défavorables aux filles dans 80 % d’entre eux. De tels écarts s’observent principalement en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest, où l’on compte seulement 95 filles inscrites pour 100 garçons dans l’enseignement primaire, et en Afrique subsaharienne où le ratio est de 93 filles pour 100 garçons.

EGALITE DU GENRE DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

L’exclusion disproportionnée de l’éducation qui touche les filles est plus importante dans l’enseignement secondaire que dans le primaire, et s’accroît encore en passant du premier au second cycle. En 2014, 54 % des pays n’avaient pas atteint la parité dans le premier cycle du secondaire, et 77 % dans le deuxième cycle du secondaire. Il peut y avoir à cela diverses raisons : les dangers affectifs et physiques peuvent augmenter à mesure que les filles deviennent des jeunes femmes et sont confrontées au harcèlement et aux agressions sexuels, ainsi qu’aux exigences sociales qui les poussent à se conformer à des rôles de genre traditionnels. L’absence de toilettes et autres installations sanitaires peut être un problème, et le trajet quotidien vers l’école peut être dangereux pour les filles et les jeunes femmes des communautés du monde entier. Les conceptions traditionnelles des rôles qui conviennent aux femmes et aux hommes sont souvent bien marquées dans les aspects techniques et professionnels de l’enseignement secondaire.

EGALITE DU GENRE DANS L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Dans certains pays, notamment en Afghanistan, au Bénin, en République centrafricaine, au Tchad et au Niger, il y avait moins de 40 femmes inscrites dans l’enseignement supérieur pour 100 hommes (UNESCO, 2016). Mais bien que l’accès à l’enseignement supérieur demeure problématique dans de nombreux pays, les quatre dernières décennies ont donné lieu, dans toutes les régions du monde, à un développement majeur de l’enseignement supérieur dont les femmes ont été les principales bénéficiaires. Le nombre d’étudiantes a progressé presque deux fois plus vite que celui des étudiants au cours des quatre dernières décennies, pour des raisons liées notamment à la mobilité sociale, à l’amélioration du potentiel de revenus et à la pression internationale visant à réduire l’écart entre les sexes.
Cependant, l’amélioration de l’accès à l’enseignement supérieur pour les femmes ne s’est pas toujours traduite par une amélioration de leurs perspectives professionnelles, notamment la possibilité d’utiliser leur doctorat dans le domaine de la recherche.
En dépit de ces données qui sont pour la plupart globales, il est à noter que les pays diffèrent dans leur degré d’engagement à l’éducation. Un indicateur du degré d’engagement des gouvernements en faveur de l’éducation est la part du budget national qu’ils consacrent à tous les niveaux de l’éducation. Cette proportion, ainsi que le volume total de leurs dépenses publiques, déterminent le niveau des dépenses d’éducation.
Donner l’accès à tous à une éducation est un impératif économique et social pour tous les pays du monde entier. En effet, développer et améliorer l’éducation des filles et des femmes a un impact positif sur l’offre globale de main-d’œuvre. Inciter davantage les femmes à prendre un emploi rémunéré et à accroître le temps qu’elles lui consacrent à des conséquences favorables sur la matière imposable et sur la croissance économique. Dans le cas des femmes travaillant dans l’agriculture, l’éducation aide celles-ci à augmenter sensiblement leur productivité, majorant ainsi les revenus des ménages et réduisant la pauvreté.
L’éducation favorise aussi la citoyenneté en donnant aux filles les connaissances nécessaires pour influer sur la nature et l’orientation de la société et pour s’engager dans la vie politique à l’âge adulte.
Investir davantage dans l’éducation des filles accroît spectaculairement le bien-être individuel et social, ce qui est l’objectif ultime de toute action de développement. Lorsque les parents, et en particulier les mères, sont éduqués, leurs enfants aussi bien les garçons que les filles sont en meilleure santé, mieux nourris et ont de plus grandes chances d’aller à l’école et d’y réussir. Investir dans l’éducation des filles aujourd’hui est l’un des meilleurs moyens de garantir que les générations futures seront éduquées.

L’impact de l’éducation des femmes sur les taux de fécondité est bien connu. Dans certaines sociétés africaines, les premières années de scolarisation semblent n’avoir guère d’effet sur la fécondité, mais ailleurs l’éducation est associée à de nettes réductions de la fécondité pour chaque année supplémentaire de scolarisation. Cela a aussi un impact positif sur la croissance économique en diminuant la proportion de personnes à charge dans la population. Les stratégies visant à réaliser l’égalité entre les sexes dans l’éducation n’impliquent pas de contreparties indésirables. Ceux qui soutiennent que l’égalité coûte trop cher ou qu’elle engendrerait des pressions préjudiciables à d’autres priorités, plus urgentes, du développement, usent d’arguments dans une large mesure erronée. Bien au contraire, une démarche résolue en faveur de l’instauration de l’égalité entre les sexes dans l’éducation peut produire tout un ensemble d’effets positifs. C’est pourquoi il s’agit d’un des défis majeurs que doivent relever les gouvernements et les sociétés durant ces premières années du siècle qui commence.
Donner l’accès à l’éducation à tous reste donc un défi non seulement en matière d’égalité du genre mais aussi et surtout en matière de développement économique et social. Il est donc important que les acteurs à divers niveaux donnent donc une priorité à l’éducation pour tous, dans leurs différentes politiques de développement. A cet effet, je propose ici quelques leçons de bonnes pratiques.
Il est important de savoir qu’il n’existe pas de formule magique pour réduire l’écart entre les sexes et promouvoir l’égalité dans l’éducation.
Une politique de l’État adaptée aux filles La parité et l’égalité entre les sexes ont besoin de s’insérer dans ce contexte global, étant donné que l’élargissement de l’accès à l’éducation peut soutenir ces tendances et, à son tour, être soutenu par elles. L’éducation reste un des plus puissants leviers pour affaiblir les forces qui suscitent les inégalités entre les sexes. À cet égard, l’État a un rôle critique à jouer sur au moins trois fronts : créer un environnement propice à la promotion de l’éducation des femmes par la réforme des lois et des politiques ; investir dans la redistribution ; adopter des réformes qui soient attentives à la situation particulière des filles et des femmes, consistant entre autres à atténuer le poids que font peser sur les femmes les chocs extérieurs tels que les effets des conflits, des crises économiques et du VIH/sida.
Changer les lois : la réforme législative est indispensable pour que l’égalité entre les sexes puisse s’enraciner. L’octroi de droits en matière de propriété et de succession et l’instauration de l’égalité entre les sexes dans le droit de la famille sont des pierres angulaires de l’action visant à garantir aux femmes la justice économique et sociale. Ces réformes législatives peuvent être à la base de changements dans le domaine de l’éducation.
Instaurer l’égalité des chances : le coût de l’éducation des filles. Comme il a été notifié ci-dessus, les coûts directs et indirects de la scolarité pour les familles entravent l’accès à l’éducation. La suppression des frais d’inscription à l’école primaire et la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles peuvent avoir un impact majeur sur la dynamisation de la scolarisation des filles aussi bien que des garçons, comme cela se fait au Bénin par exemple.
Recentrer les incitations : il est possible de concevoir des politiques visant spécifiquement à recentrer le système des incitations qui fait que les filles, en particulier, ne sont pas scolarisées. Les bourses, les dispositifs d’aide financière et les programmes d’alimentation scolaire (les cantines scolaires au Bénin par exemple), constituent trois types de mesures ciblées qui se sont avérées efficaces dans des contextes divers. Il faut également abattre les tabous (cas des filles exclues de l’école parce qu’elles sont tombées enceinte), lutter contre les violences basées sur le genre.
Les ONG et Organisations de la Société Civile : de nouveaux modèles pour l’éducation. Dans de nombreux pays, les ONG dynamisent par des actions novatrices les efforts déployés par l’État pour réaliser l’Education Pour Tous (EPT).
En conclusion, l’égalité du genre dans l’éducation constitue non seulement un droit humain, mais également un véritable facteur de croissance et de développement. Malgré les efforts menés à divers niveaux, l’accès à tous à l’éducation reste encore non effectif car des disparités existent et ceci pour diverses raisons. Pour y remédier, l’Etat doit jouer le premier rôle en consacrant une part importante de son budget à l’éducation et aux dépenses publiques, en initiant des lois favorisant l’éducation pour tous et en prenant des mesures incitant visant essentiellement les filles et les femmes.

Le second rôle revient aux ONG et OSC le changement social est peut-être lent, mais il ne saurait se produire sans autonomiser directement les femmes. Les initiatives visant à les aider à identifier leurs besoins (santé, environnement, éducation, etc.), à prendre des décisions et à améliorer leurs moyens d’existence sont cruciales pour parvenir à une plus grande égalité dans la société. L’éducation est à l’évidence un élément vital de ce processus de transformation.

Et vous? Que faites vous ou que pensez vous qu’il doit être fait pour assurer l’accès à l’éducation à tous sans disparités entre les genres?

Florent SAVOEDA

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A propos TONAGNON

TONAGNON pour dire En Goun Développement est un blog dédié à l'atteinte des Objectifs de Développement Durable. Promu par Florent SAVOEDA, Jeune béninois, passionné des questions de finance, développement durable, citoyenneté et civisme. Assoiffé d'un monde plus juste, où chacun connaît ses droits et devoirs et les respectent. Bref un monde où on a le plaisir de vivre.
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2 commentaires pour ÉGALITÉ DU GENRE DANS L’ÉDUCATION : SIMPLE DROIT HUMAIN OU MULTIPLICATEUR DE DÉVELOPPEMENT

  1. Chiarath M dit :

    L’inégalité du genre est omniprésente. Les filles et les femmes se voient refuser l’accès à l’éducation et souffrent de violence et de discrimination. Il est temps d’agir pour accélérer le progrès dans la satisfaction a nos besoins. Bon travail Florent SAVOEDA

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    • TONAGNON dit :

      Il est plus que temps Chiarath. Beaucoup de travaux se font en matière d’élimination des VBG et dans le cas d’espèce de l’accès à l’éducation pour tous mais malheureusement le résultat n’est pas encore ce qu’il faut et les chiffres sont la. Tant qu’il reste a faire, rien n’est fait le dit-on.
      Merci pour la lecture.

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